Passé une partie de la semaine dernière en Slovénie, à Ljubljana, à l’invitation du talentueux directeur de l’Institut Français, M. Jean-Jacques Victor et de notre charmante ambassadeur de France, Madame Nicole Michellangeli. L’objet de cette invitation ? Un débat avec l’ancien ministre de l’éducation, Madame Lucija Cok, sur la question du multiculturalisme.J’en profite pour rappeler ce que tout le monde semble ignorer chez nous, à fortiori à l’étranger, à savoir que la loi française fait obligation à l’Education nationale de scolariser tous les enfants qui en ont l’âge, dès lors qu’ils ont mis le pied sur notre sol, et ce quelle que soit la situation, légale ou illégale, des parents. Des classes spécialisées sont ainsi mises en place pour des jeunes de tous horizons dont la plupart ne parlent pas notre langue. Cela représente, tenez vous bien, plus de 45.000 élèves sur l’ensemble du territoire, et près de 2500 postes de professeurs pour un budget qui dépasse largement les 100 millions d’euros par an ! Bien plus, les recteurs organisent une « école des parents » destinée à leur enseigner, non seulement le français, mais les principes fondamentaux de la république. Avec Madame Cok, un fructueux débat s’engage sur le multiculturalisme. Je l’écoute attentivement pour mieux comprendre la situation de cette petite nation dont la langue nationale est proche du serbocroate et qui compte sur son sol une communauté serbe assez importante. Je crois comprendre que nous tombons d’accord sur l’idée que deux modèles sont à l’œuvre en Europe. D’un côté, celui de la République à la française, qui plaide pour l’intégration, voire pour l’assimilation des étrangers et qui ne reconnaît ni les communautés, ni le droit à la différence ; de l’autre, un modèle anglo-saxon qui juxtapose au contraire les communautés, comme on le perçoit si bien dans une ville comme New York où l’on passe du quartier chinois au quartier italien comme d’un pays à l’autre, hors toute tentative d’intégration à un modèle commun. Derrière ces deux modèles, se cachent, si l’on va plus profond encore, deux conceptions de l’humanité de l’homme : celle qui voit dans la liberté, entendue comme capacité de transcender tous les enracinements communautaires, le propre de l’humain ; celle qui, au contraire, considère que l’homme n’est homme que comme membre d’un corps social, d’une communauté. Vaste débat, qui n’est pas près d’être clos, mais où je tente de faire comprendre la position française, souvent si mal perçue à l’étranger. Je la défends, non pas parce qu’elle est française, mais parce que je la crois juste et profonde. J’en profite pour visiter un peu le pays, qui est charmant (voyez les photos). Jean-Jacques Victor, homme fort cultivé et intelligent, me fait un résumé d’un débat qui a eu lieu quelques semaines plus tôt entre Finkielkraut et Zizek, sur la question des mérites, ou plutôt des démérites respectifs de l’architecture soviétique et de l’architecture capitaliste. Qu’est ce qui est le plus moche ? Une zone piétons avec ses Mac Do et ses centres commerciaux ou une banlieue soviétique, avec ses cubes de béton bon marché et son indicible tristesse ? Vaste débat, là aussi, que je laisse mon lecteur le soin de méditer…Ce qui est certain, en tout cas, c’est que le vieux quartier de Ljubljana, précapitaliste et présoviétique, est assez charmant pour réconcilier tout le monde : hélas oui, sur le plan architectural à tout le moins, c’était mieux avant ! Laudator temporis acti, éloge des temps révolus, comme disait mon vieil ami Jerphagnon…
Catégorie: Interventions publiques






















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