NIETZSCHE – L’oeuvre philosophique expliquée

Il est impossible d’entrer vraiment dans la philosophie si l’on ne prend pas le temps de comprendre en profondeur au moins un grand philosophe.
Luc Ferry

Penseur controversé, beaucoup critiqué mais finalement méconnu, Nietzsche nous est ici dévoilé dans toute sa profondeur et sa finesse. La critique du nihilisme, la mort de Dieu, l’Amor fati, le grand style : harmonie entre les forces, la doctrine de l’éternel retour, autant de notions complexes qui deviennent accessibles grâce au talent de Luc Ferry qui fait de la philosophie un espace démocratique de partage et de réflexion. Son débit aisé et son expression limpide nous permettent de comprendre les « clés du château », idées cruciales de Nietzsche.
Claude Colombini-Frémeaux

Luc Ferry, comme tous les philosophes est d’abord un professeur de philosophie. En effet, philosopher au XXIe siècle n’a de sens qu’en prenant en compte l’histoire de cette discipline qui transforme tous les penseurs en héritiers. Luc Ferry propose pour la première fois des cours dans une langue simple, permettant en 3 à 4 heures d’accéder à une approche des idées d’un grand philosophe et les clés essentielles pour pouvoir ensuite aborder son œuvre.
Patrick FrémeauxDroits : Frémeaux & Associés – La Librairie Sonore (Philosophie à écouter sur CD, cours, conférence, livre audio).
Liste des articles de presse consacrés à ce CD :
- « Luc Ferry développe longuement la pensée de Nietzsche » par Esprit & Vie
« Nietzsche va faire entrer la pensée dans la postmodernité en déconstruisant ce que l’homme pense du cosmos, de Dieu et des idoles de la raison. Picasso, le peintre, et Schönberg, le musicien, « sont sur la même longueur d’ondes que Nietzsche. Si tu regardes leurs tableaux ou écoutes leur musique, tu verras que le monde qu’ils nous livrent est lui aussi un monde déstructuré, chaotique, brisé, illogique, dépourvu de cette « belle unité » que la perspective et le respect des règles de l’harmonie conféraient aux œuvres d’art du passé. Cela te donnera une idée tout à fait juste de ce que tente de penser Nietzsche avant eux ». Luc Ferry développe longuement la pensée de Nietzsche pour mettre le doigt sur l’impasse dans laquelle nous entraîne ce philosophe du xixe siècle : le matérialisme. »
par ESPRIT & VIE
- Entretien de Luc Ferry avec « Les Nouvelles Clés »
N. C. : Comme le remarque l’évèque de Clermont-Ferrand, avec qui vous avez une correspondance, votre présentation de la voie chrétienne frappe par sa subtilité et, quasiment, son empathie. Vous sachant « plutôt très opposé » à cette voie, personnellement, on se demande quel effort vous a coûté ce travail, rare chez un libre-penseur…
L. F. : Je ne suis pas du tout « très opposé » au christianisme, simplement, je ne suis pas croyant. Je pense même, à l’encontre des critiques qui ont fleuri dans le sillage de Marx (la religion c’est « l’opium du peuple »), Nietzsche (« le nihilisme ») et Freud (« la névrose obsessionnelle de l’humanité »), que le message chrétien comporte des moments magnifiques. Il y a une très belle philosophie de l’amour et de toute évidence sans le christianisme, les droits de l’homme seraient impensables. Au reste, comment ne pas voir que les « Confessions » d’Augustin sont un grand livre, et que les « Pensées » de Pascal sont géniales…
[...]
N. C. : Mais Nietzsche n’est-il pas quelque peu taoïste, cette façon d’être chinoise, que l’on dit fondamentalement attachée au réel et à la matière – une autre référence non-occidentale que vous auriez pu utiliser ?
L. F. : Il y a évidemment des passages – vous l’avez dit vous même : dans mon livre je décris le stoïcisme comme un équivalent occidental, sur bien des points, du bouddhisme. Mais je crois que la façon dont les Occidentaux mettent entre parenthèse ce qui ne leur convient pas dans les pensées orientales pour ne garder que ce qui colle avec le monde laïc n’est pas forcément la meilleure lecture de l’altérité.
N. C. : À ce propos, n’est-il pas étonnant que les philosophes contemporains aient laissé se propager le grave contresens que vous signalez sur le mot « nihilisme » employé par Nietzsche ?
L. F. : Les bons lecteurs de Nietzsche ne s’y sont jamais trompés. Le nihilisme, pour Nietzsche, ce n’est évidemment pas le fait d’être cynique, de ne croire en rien, de ne pas avoir d’idéaux, mais exactement à l’inverse : c’est le fait d’être bourré d’idéaux. Sa grande thèse, c’est que l’humanisme héritier des Lumières, alors qu’il prétendait faire la critique de la religion, en maintient la structure fondamentale : celle de l’opposition entre l’ici bas (le réel tel qu’il est) et l’au delà (l’idéal). On n’a plus le paradis, mais on met à la place « la démocratie », la « république », le « socialisme », le « communisme », bref, de nouvelles « idoles » pour parler comme Nietzsche. Or, selon lui, ces dernières ne sont inventées par nos néo-chrétiens (qui s’ignorent tels) que pour nier le réel, pour le condamner et s’épargner la peine de l’aimer tel qu’il est. Et c’est là, selon lui, le vrai nihilisme dont toute sa pensée est la critique.
Entretien de Luc FERRY avec LES NOUVELLES CLES
- « Le travail d’explication est limpide (…) l’auditeur se délecte » par Le Poing et la Plume
« Il y a quelques semaines, Luc Ferry racontait sur France Inter que, du temps où il était ministre de l’Éducation Nationale, le président de la République d’alors, Jacques Chirac, lui avait asséné : « Soyez le Jack Lang de la droite » …
Je me garde bien de porter un jugement définitif sur son bilan rue de Grenelle … qu’il me soit permis, en revanche, de dire tout le bien que je pense de Luc Ferry quand il nous décortique la pensée de Friedrich Nietzsche … car l’homme est un fabuleux pédagogue …
Après nous avoir incité à lire Le crépuscule des idoles, « œuvre la plus construite » du moustachu allemand, selon le philosophe, Luc Ferry corrige les fausses idées qui circulent à propos de Nietzsche … démarche indispensable pour avoir les précieuses clefs de compréhension …
Elles sont au nombre de trois : – la critique du nihilisme ; – la mort de Dieu ; – l’amor fati
Selon Luc Ferry, Nietzsche invente la critique du nihilisme … oui, la critique du nihilisme et non le contraire … l’ancien professeur parle de piège dans lequel seraient donc tombés des générations entières d’étudiants … et de maintenir donc que notre équation nihilisme = absence de croyance serait totalement fausse puisqu’il s’agirait en fait de l’inverse … le nihilisme c’est le fait d’avoir des convictions, des idéaux corrige Ferry … on critique la terre au nom du ciel … selon Nietzsche, nous avons inventé l’idéal (les idoles) pour nier le réel … lui veut casser les idoles « avec un marteau », Luc Ferry rappelant que Nietzsche ne cherche pas à améliorer l’humanité …
Deuxième clef d’entrée, découlant naturellement du premier concept : la mort de Dieu (ou désenchantement du monde) … il s’agit ici de la fin des idéaux, de la structure religieuse, de l’opposition entre le ciel et la terre … la mort de Dieu c’est la fin des idoles religieuses et de toutes les morales y compris athées (de Platon à Marx) … c’est aussi, en passant, selon Luc Ferry, la haine de la démocratie … d’où la question angoissante : que veut donc construire Nietzsche après cette démolition au marteau ?
Enfin, troisième concept central de la pensée nietzschéenne : l’amor fati … ici, précise le philosophe on n’a pas le cynisme ou l’absurde à la Ionesco … le sage pense que deux maux pèsent sur l’existence humaine : le passé et l’avenir … le passé conduit à la nostalgie, aux remords … le sage est celui qui parvient à se réconcilier avec le présent : « à regretter un peu moins et à aimer un peu plus », selon la formule d’André Comte-Sponville) … ce qui, d’ailleurs, évoque le bouddhisme … L’amor Fati ou aimer le destin comme il est … c’est donc le contraire de l’idéal … parvenir à aimer son sort permet d’accéder à l’innocence du devenir …
Quiconque veut lire ou relire les écrits de Friedrich Nietzsche ferait bien d’écouter avec attention ce cours dispensé par un homme passionné et passionnant, qui ne cherche pas à assommer l’auditeur de son savoir … servi par une très belle voix qui pourrait être celle d’un homme de radio, Luc Ferry progresse lentement dans l’enquête … il cite des passages du philosophe et se sert d’exemples de la vie quotidienne pour appuyer sa thèse … l’élève ressort de là comblé ….
Mais le travail ne s’arrête pas là … Luc Ferry nous explique aussi comment le philosophe allemand veut poser des valeurs indiscutables … que sa démarche est bien plus aristocratique qu’anarchiste (je vous recommande tout particulièrement l’explication faite des différents nietzschéismes) … et puis, il y a ce décryptage d’autres concepts-clefs comme la volonté de puissance qui demeurait pour moi incompréhensible parce qu’il me manquait une explication indispensable des « forces actives et réactives » …
Parce que Nietzsche a été mal compris ou assimilé malgré lui à des idées bien répugnantes comme le nazisme il me semble nécessaire de revenir aux textes … l’écoute de ce livre audio facilitera cette démarche … d’autant que si Luc Ferry a, l’auditeur le sent bien d’ailleurs, une passion pour l’auteur du Gai savoir, il ne saurait précisément se complaire dans une idolâtrie bien malvenue ici … car l’ancien ministre de l’Éducation Nationale sait aussi questionner la pensée de Nietzsche et nous alerter sur ses limites …
C’est en fait le cours de philo dont rêve tout élève : on nous emmène quelque part … une sorte de voyage au centre de la pensée nietzschéenne … et comme le travail d’explication est limpide, qu’aucune zone d’ombre ne vient ternir l’écoute, l’auditeur se délecte …
Seul regret : ça passe trop vite … À vrai dire, j’en aurais bien repris quelques heures … »
Par William IRIGOYEN – LE POING ET LA PLUME
- Interview de Luc Ferry par Philosophie Magazine

L’un des plus grands adversaires de la philosophie de Hegel, au XIXe siècle, a été Nietzsche. Or, vous avez signé avec d’autres, André Comte-Sponville notamment, Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens… Son antihégélianisme ne vous a donc pas convaincu ?
Si, en partie, mais j’ai commencé à lire Nietzsche à travers les lunettes de ses disciples de gauche. La mode, à Paris, en faisait une sorte de soixante-huitard libertaire, à mille lieues de sa véritable pensée. Depuis, je n’ai cessé de le lire. Je le tiens pour le plus grand penseur du monde contemporain, pour le plus grand théoricien de la déconstruction. Pas plus qu’on ne peut peindre ou composer comme si Picasso et Schönberg n’avaient jamais existé, on ne peut philosopher comme avant Nietzsche. Sa généalogie du « nihilisme » est d’une puissance sans égale. Le nihilisme est chez lui à peu près à l’inverse de ce qu’on entend par ce mot aujourd’hui, non pas un quelconque cynisme, une absence de valeur, mais l’affirmation de « valeurs supérieures », de grands idéaux au nom desquels le croyant nie le monde réel, le déclare mauvais, nul et non avenu. En ce sens, toutes les religions sont nihilistes, mais aussi les grandes idéologies héritées des Lumières, avec leurs idoles « progressistes » : droits de l’homme, démocratie, socialisme, anarchisme, etc. Ces abstractions pompeuses ne servent qu’à fuir la réalité du monde. Je ne crois pas qu’on puisse enjamber aisément cette critique des figures traditionnelles de la transcendance. Il faut la prendre au sérieux. En quoi les « retours à », que ce soit à Kant ou à la République, m’ont toujours semblé absurdes, malgré les étiquettes qu’on a voulu m’accoler…
Si vous n’êtes pas réactionnaire, vous n’êtes pas non plus du côté de l’avant-garde ni de la déconstruction…
Non, parce que la critique Nietzschéenne se heurte à une vraie limite. Une fois les idoles et les valeurs morales déconstruites, le risque majeur, c’est le cynisme, l’adhésion libérale au monde tel qu’il va, puisqu’il n’y a plus aucun idéal à lui opposer. Quand Heidegger, dans le sillage de Nietzsche, nous dit que face au monde de la technique, « seul un dieu peut encore nous sauver », il sombre dans une espèce de quiétisme mystique. Il a raison d’affirmer que la technique et le capitalisme mondialisé sont des « procès sans sujets » dont nous avons perdu la maîtrise, mais que nous reste-t-il à faire ? Rien ? Adhérer au « sursaut » nazi ? Ce qui m’a intéressé chez Kant, c’est l’idée que la métaphysique, une fois déconstruite, conserve une signification, un « usage régulateur » pour penser ce qui peut subsister d’éthique et de souci de la vérité. En ce sens, sa critique de la métaphysique est plus profonde que celle de Nietzsche et Heidegger…
Par PHILOSOPHIE MAGAZINE
Liste des crédits sur ce CD :

Luc Ferry

CD Piste Titre Artiste principal Auteur Durée Enregistré en
1 1 Introduction Luc ferry Luc ferry 00:03:17 2008
1 2 La critique du nihilisme: une critique de idéal Luc ferry Luc ferry 00:06:48 2008
1 3 La mort de dieu ou la déconstruction de la religion Luc ferry Luc ferry 00:07:58 2008
1 4 Renouer avec la sagesse des anciens Luc ferry Luc ferry 00:06:27 2008
1 5 Amor fati Luc ferry Luc ferry 00:06:46 2008
1 6 Accéder à l’innocence du devenir Luc ferry Luc ferry 00:05:55 2008
1 7 Les trois grands axes de la philosophie de nietzsche Luc ferry Luc ferry 00:04:33 2008
1 8 La theoria devient généalogie Luc ferry Luc ferry 00:05:24 2008
1 9 Marx et freud Luc ferry Luc ferry 00:03:59 2008
1 10 L’infinité des interprétations Luc ferry Luc ferry 00:07:54 2008
1 11 Le monde est un chaos Luc ferry Luc ferry 00:06:04 2008
2 1 La morale de l’immoraliste Luc ferry Luc ferry 00:04:34 2008
2 2 Les forces et la volonté de puissance Luc ferry Luc ferry 00:09:46 2008
2 3 Un nietzschéisme de gauche Luc ferry Luc ferry 00:06:51 2008
2 4 Refus de la castration socratique Luc ferry Luc ferry 00:07:54 2008
2 5 Le grand style: harmonie entre les forces Luc ferry Luc ferry 00:07:00 2008
2 6 La volonté de puissance Luc ferry Luc ferry 00:08:13 2008
2 7 Apologie des classiques: artistes de la maîtrise Luc ferry Luc ferry 00:05:32 2008
2 8 Nietzsche et le plaisir Luc ferry Luc ferry 00:05:26 2008
3 1 Les jugements ne sont que des symptômes Luc ferry Luc ferry 00:06:38 2008
3 2 Une vie bonne ou mauvaise Luc ferry Luc ferry 00:05:39 2008
3 3 Quel salut possible ? Luc ferry Luc ferry 00:07:32 2008
3 4 La doctrine de l’ eternel retour Luc ferry Luc ferry 00:09:44 2008
3 5 Défendre les forts contre les faibles Luc ferry Luc ferry 00:07:32 2008
3 6 Le faux tragique Luc ferry Luc ferry 00:09:11 2008
3 7 Nietzsche en contradiction performative Luc ferry Luc ferry 00:05:58 2008
3 8 Une doctrine de renversement sans changements Luc ferry Luc ferry 00:06:55 2008
3 9 L’ amor fati n’est-il pas une forme de cynisme? Luc ferry Luc ferry 00:07:36 2008
3 10 La volonté de dieu Luc ferry Luc ferry 00:07:54 2008
3 11 Entre cynisme et retour aux idoles, comment dépasser le dilemme? Luc ferry Luc ferry 00:06:40 2008

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